Essences & sens · Interview

Jérôme Viaud

Président de l'association Patrimoine Vivant des Pays de Grasse

Il fleure bon continuer notre tour à Grasse, capitale mondiale du parfum ! Vous et moi avons rendez-vous avec Jérôme Viaud, successeur de Jean-Pierre Leleux, et Président de l'association Patrimoine Vivant des Pays de Grasse. Quarantenaire actif et personnage incontournable, il nous en dit plus sur les savoir-faire du territoire reconnus au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco depuis 2018, les enjeux et l'avenir du parfum.

Portrait de Jérôme Viaud à Grasse © Courtesy Ville de Grasse
Le Pays de Grasse et l'Unesco

Aurélia Grandel de KeatingQuels sont, selon vous, les éléments uniques qui distinguent le Pays de Grasse des autres territoires du parfum dans le monde ?

Jérôme ViaudCe qui distingue le Pays de Grasse, c'est d'abord une cohérence. Ici, tout est lié. Dans beaucoup de pays, on cultive des fleurs. Ailleurs, on compose des parfums. Ailleurs encore, on transforme des matières premières. Chez nous, ces trois dimensions coexistent depuis des siècles sur un même territoire.

La rose Centifolia, le jasmin, la tubéreuse ou l'iris y sont toujours cultivés. La transformation des matières naturelles est toujours pratiquée. L'art de la composition est toujours enseigné et exercé. Ce lien direct entre la terre, la matière et la création fonde notre identité. Il crée une chaîne complète, vivante, où chaque étape dépend de l'autre.

C'est précisément cette articulation unique, de la culture de la plante à l'œuvre olfactive, que l'Unesco a reconnue. L'organisation a bien compris que ces savoir-faire ne sont pas fragmentés : ils forment un ensemble cohérent, enraciné dans un territoire et toujours pratiqué et transmis.

Aujourd'hui, à l'heure où le monde recherche naturalité, traçabilité et qualité végétale, cette continuité devient un véritable avantage stratégique. Le Pays de Grasse n'est pas seulement un lieu de production. C'est un territoire où le naturel structure une économie, un savoir-faire et une image internationale.

AG2KEn quelle année les savoir-faire ont-ils été inscrits à l'Unesco ?

Jérôme ViaudLes savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse ont été inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité le 28 novembre 2018.

Cette reconnaissance est l'aboutissement d'une démarche engagée en 2008, portée collectivement par les praticiens, cultivateurs de plantes à parfum, experts de la transformation des matières premières naturelles, parfumeurs, ainsi que par les historiens, scientifiques, associations et collectivités du territoire.

Ce qui a été reconnu par l'Unesco, ce sont des pratiques vivantes, transmises de génération en génération, toujours ancrées dans la réalité économique et culturelle du Pays de Grasse.

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Note de tête, note de cœur, saison ou émotion : Jérôme Viaud se raconte en parfums. Si vous étiez…

Une note de tête ?

Un agrume, pour son énergie, sa fraîcheur et l'élan qu'il donne dès les premières notes. Les agrumes ouvrent un parfum comme une idée ouvre une perspective.

Une note de cœur ?

Rose Centifolia, fleur emblématique du Pays de Grasse, indissociable de son histoire et de son identité.

Une note de fond ?

Le patchouli : une note profonde et tenace, qui donne de la structure et de la persistance.

Quelle serait votre famille parmi les sept du spectre des parfumeurs (hespéridée, florale, fougère, chyprée, boisée, orientale, aromatique) ?

La fougère, pour ses notes végétales et aromatiques comme la lavande. Elle évoque pour moi la nature, les paysages, le végétal. Symboliquement, cela renvoie aux collines de Grasse, à la nature méditerranéenne, à ce lien fort avec un territoire vivant.

Si vous étiez une fleur ?

Le jasmin, une autre fleur emblématique du Pays de Grasse, pour son intensité et son rayonnement.

Si vous étiez une senteur de la nature (forêt après la pluie, herbe coupée, air marin, terre chaude…) ?

La terre chaude après la pluie, ou les champs de fleurs au petit matin. Deux senteurs qui évoquent l'agriculture, les terres florales, et plus largement le vivant.

Une saison olfactive, printemps fleuri, été solaire, automne épicé ou hiver boisé ?

Le printemps fleuri, la saison de la Rose Centifolia, l'une des plus emblématiques du Pays de Grasse.

Un souvenir associé à une odeur, un parfum (voire un goût) ?

La fleur d'oranger, parce qu'elle fait aussi partie de l'empreinte de Grasse et qu'elle évoque les souvenirs de jeunesse, comme le parfum des fougassettes de Grasse.

Un parfum réconfortant ?

Le miel, pour sa douceur et parce qu'il évoque les abeilles, essentielles à l'équilibre de la nature et à la richesse de notre territoire.

Une émotion en parfum ?

L'enthousiasme, un parfum qui donne envie d'avancer et de construire.

« Fleurs de Printemps », crayons de couleur, par Aurélia Grandel de Keating.

Crédits

Entretien : Aurélia Grandel de Keating pour RIVIERA ART.

Portrait : © Courtesy Ville de Grasse.

Illustrations « Fleurs de Printemps », crayons de couleur : Aurélia Grandel de Keating.

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